un témoignage choc au Kenya

Le quotidien Daily Nation publie le témoignage glaçant d’une mère, une semaine tout juste après l’attaque de l’université de Garissa par les shebabs. Elle raconte plusieurs heures de calvaire, les derniers contacts avec sa fille Lydia, étudiante de 21 ans, le tout par téléphone. 6 h 54, le matin : un SMS. « Des hommes armés sont dans les bâtiments et commencent à tirer ».

Une heure plus tard, un appel : Lydia annonce qu’elle s’est cachée dans une chambre avec cinq autres étudiantes. Entre 11 h et midi : Lydia appelle son père et sa mère, leur dit qu’elle est en bonne santé, mais terrifiée. Elle peut entendre les tirs dans la résidence. 12 h 45 : Madame Obondi, dans l’angoisse que l’on imagine, essaie d’appeler sa fille plusieurs fois, mais le téléphone ne répond pas. Elle envoie un message écrit. Lydia répond : « ne m’appelle pas. Les hommes en armes sont près de sa chambre ».
13 h 30 : le père appelle. Lydia crie. « Papa, nos vies sont à la merci des shebabs. Ne m’appelle plus, bye ». Avant d’avoir fini la conversation, un des assaillants lui arrache le téléphone, parle à son père, lui dit que c’est la dernière fois qu’il parle à sa fille.
 
Ecrans noirs, sombres desseins
 
La cyberattaque contre TV5Monde est à la Une de nombreux journaux africains. Plusieurs quotidiens évoquent ce que le directeur de la chaîne, très regardée on le sait sur le continent, décrit comme une « attaque extrêmement puissante, sans précédent dans l’histoire de la télévision ». « Ecrans noirs, sombres desseins », titre L’observateur Paalga. Le journal burkinabè s’interroge sur l’identité des coupables. « Faut-il y voir la signature de l’organisation Etat islamique ? Ou est-ce le fait d’armes de sympathisants de la nébuleuse islamiste comme il en existe beaucoup en Occident ? » En tous les cas, commente l’édito, « l’affaire est suffisamment grave et illustre l’état de vulnérabilité des systèmes informatiques malgré les mesures de sécurité que l’on imagine. C’est aussi la preuve de l’évolution très avancée vers de nouvelles formes d’actions terroristes. Passe encore que les geeks aux funestes desseins parviennent à contrôler le système informatique des médias. Mais qu’en serait-il si par malheur ils réussissaient à s’introduire au cœur de certains domaines névralgiques comme celui de la défense ou de la sécurité des pays occidentaux ? Pour le moment, de tels scénarii relèvent de la fiction cinématographique. Mais de nos jours », conclut l’Observateur Paalga, « le fossé qui sépare l’imagination de la réalité est de moins en moins grand, la première nourrissant la seconde, pour le meilleur comme pour le pire ».
 
Touchons du bois
 
« On a le dos traversé par les frissons », commente Le Pays, « et l’on reste quasiment sans voix, face au spectacle. Ecran noir pendant des heures et page internet transformée en slogans et en symboles jihadistes. Le message est, en tout cas, on ne peut plus, clair : TV5Monde a intérêt à bien se tenir ! Elle n’a pas droit à l’erreur car elle est suivie dans tout ce qu’elle diffuse. Tout ce qui s’y dit pourrait être retenu contre elle. De là à penser que l’horreur viendra tôt ou tard frapper aux portes de la chaîne francophone, comme à Charlie Hebdo ou chez ceux qui ont, d’une façon ou d’une autre, subi la furie des barbus, c’est un pas que tout esprit avide de paix et de fraternité, ne voudrait même pas imaginer. Touchons du bois ».
 
« Reste », explique Le Pays, « que l’avertissement a de quoi inciter à la vigilance extrême. Assurément, cette menace est à prendre très au sérieux et pour cela, aucune précaution ne serait de trop pour se prémunir contre un éventuel drame. L’histoire nous a malheureusement montré, en la matière, qu’il n’y a jamais de fumée sans feu. Cet acte de piraterie peut être le roulement de tonnerre qui précède le grand orage ».
 
Rhodes est tombé
 
Une photo très symbolique à la Une de la presse sud-africaine : un gigantesque tractopelle devant l’université du Cap. Une foule d’étudiants enthousiastes assiste au déboulonnage de la statue du colonisateur britannique Cecil Rhodes. « Rhodes est tombé », titre l’article du Cape Times. Le journal raconte les scènes de joie chez tous ceux qui ont milité pendant des mois. Appareils photos en main, ils immortalisent le déplacement de ce monument qui honorait les anciens maîtres blancs de l’Afrique du Sud. Le Cape Times cite un étudiant particulièrement actif dans ce combat : « Nous les Noirs, nous retrouvons notre dignité ».

Source : http://www.rfi.fr/emission/20150410-une-temoignage-choc-kenya-burkina-faso-afrique-du-sud/?ns_mchannel=fidelisation&ns_source=newsletter_rfi_fr_afrique&ns_campaign=email&ns_linkname=emission&rfi_member_id=1122225563537&aef_campaign_ref=revue-de-presse&aef_campaign_date=2015-04-13